Antennae Vol. 9 no. 3 Automne 2002



Visage d’Aujourd’hui:
Hélène Chiasson
discrète mais bien là et là pour rester !



Originaire de Kapuskasing en Ontario, Hélène a « migré » vers le Québec avec son conjoint en 1975, dans la région de Rimouski ; ils y achètent une terre et mettent à exécution leur désir de pratiquer l’agriculture biologique. Ce sont les années écolo, grano, bio, macro-biotique. Les mains dans la terre, le jour, et le soir, les yeux dans les bouquins. Elle lit beaucoup sur l’agriculture biologique, l’environnement, le développement durable et la lutte biologique entre 1975 et 1980. C’est d’ailleurs durant cette période qu’elle entreprend ses études au bac en biologie à l’Univesité du Québec à Rimouski. Elle et son conjoint font leurs propres expériences, ils ont « trippé » fort! Mais ce virage au vert que semble vouloir prendre la planète manque d’assises, de profondeur et de sérieux. Ces adeptes du « bio » demeurent marginaux et ne semblent pas être pris au sérieux.

Cette femme sérieuse, pragmatique voulait donner une crédibilité à l’agriculture biologique et avait le souci de lui fournir des outils et des moyens pour progresser et se faire reconnaître. Selon elle, il faut s’imposer pour faire changer les choses. C’est ce qui a amené cette contemplative de la nature à faire des études graduées (voir textes suivants). Son intérêt pour l’entomologie est donc venu « sur le tard » puisque jeune, elle n’était pas du genre à collectionner et ramasser des « bibittes », elle préférait les observer en nature.

À la suite de ses études doctorales, elle a été impliquée dans divers projets en coopération internationale qui l’ont amenée dans plusieurs pays d’Afrique au cours des 15 dernières années. Elles a aussi poursuivi des travaux de recherche ici au Canada. Les différentes expériences cumulées lui ont permis d’acquérir une importante expertise en recherche, en enseignement et en direction de projets divers reliés à la gestion des écosystèmes agricoles (réduction de la pollution agricole, développement de biopesticides et formation en techniques de gestion intégrée des pratiques agricoles). Dans le futur, Hélène veut continuer à développer d’autres biopesticides et à les promouvoir ainsi qu’à faire du développement international. Pour elle, l’avenir de l’entomologie passe par la lutte intégrée, la lutte biologique et le développement d’outils de pointe, autant micro- que macroscopiques.

Lorsqu’on demande à Hélène si faire carrière en science est plus difficile lorsqu’on est une femme? Non! répond-t-elle. Elle dit ne pas ressentir de discrimination et ne pas vivre plus de difficultés que d’autres chercheurs masculinsou féminins. Toutefois, elle a le sentiment que la reconnaissance vient plus difficilement. Les prix et décorations sont difficiles à obtenir. Elle a aussi observé qu’une femme qui se fâche, qui s’impose et qui ne craint pas de dire ce qu’elle pense, ça choque, ça dérange et ça surprend.

Ce qu’elle trouve difficile dans la carrière de chercheure, c’est la quantité de travail. Pour elle, le travail n’est jamais fini et il est difficile d’arrêter de penser. Toutefois, il ne faut pas craindre de persévérer. Il faut être déterminée et il faut se faire confiance pour bien réussir. La recherche a ses beaux côtés dont celui de contribuer au mieux-être de la planète et de générer de nouvelles connaissances. C’est stimulant et d’après elle, ça nous garde jeune. Il y a toujours quelque chose à observer, à découvrir. Hélène souhaiterait que la carrière de chercheur soit plus valorisée dans notre société.

Pour cette femme déterminée, qui est passée de la pratique de l’agriculture biologique à la recherche en lutte intégrée, on peut penser que tous les rêves sont permis! 

Daniel Gingras

 

Une femme d’esprit indépendant…

Quand je pense à Hélène, les mots «forte», «indépendante», «preneuse de risques», «créative», «rigoureuse», «tenace» et «curiosité professionnelle» viennent tout de suite à mon esprit. Déjà, elle m’impressionnait quand je l’ai connue à la Faculté d’Agriculture de l’Université McGill où elle faisait sa maîtrise sur la taxonomie des thrips. Avec deux jeunes enfants à la maison, Hélène était une femme occupée. Mais elle était toujours bien organisée et rigoureuse dans son travail. Et toujours bien présente pour ses enfants; à chaque soir elle trouvait le temps et l’imagination d’inventer une nouvelle histoire à leur raconter pour les endormir. 

Hélène a continué d’être un modèle pour des jeunes femmes entomologistes quand elle s’est organisée un contrat en Afrique pour enseigner et pour faire son doctorat en lutte intégrée sur un ravageur du riz. Nouveau domaine (lutte intégrée et développement international), nouveau groupe d’insectes dans un habitat inconnu, nouveau pays (coup d’état y inclus), une famille à sa charge, le défi n’était pas petit mais pour Hélène, c’était normal. En même temps qu’elle préparait un projet de recherche pour l’Afrique, Hélène avait fait application au MAPAQ pour une bourse de recherche sur la lutte biologique dans les serres au Québec. Quand elle est partie en Afrique, c’est moi qui ai récupéré le projet sur les serres. Je peux la remercier pour m’avoir mis sur le chemin menant au Biodôme.

Depuis qu’elle a terminé son doctorat, Hélène a continué de m’inspirer parce qu’elle a toujours créé son propre chemin en étant une chercheure très indépendante qui travaille dans le privé sur des contrats de recherche diversifiés en lutte intégrée contre les insectes et les mauvaises herbes ici au Québec et outre-mer. Hélène possède beaucoup de connaissances, elle n’hésite pas à se lancer sur des nouveaux terrains et à se battre pour ce qu’elle veut; elle ne lâche pas quand le chemin est long et difficile. Pour mon travail au Biodôme, elle est ma référence quand j’ai besoin d’informations sur les thrips, sur la vulgarisation de la lutte intégrée en pays tropicaux et maintenant sur les insecticides botaniques. Et elle continuera d’être mon modèle en tant que femme entomologiste.

Susan Johnson,
entomologiste au Biodôme de Montréal.

 

Helene’s dedication to her studies…

I first met Helene in an insect morphology course while we were both students at Macdonald College. At that time, we were both returning to university and were working on qualifying courses to enter the graduate program in Entomology. We shortly discovered our mutual interest in organic agriculture, biological control, insect ecology and the work of Dr. Stuart Hill. I remember being mightily impressed by Helene’s dedication to her studies, which she managed while at the same time caring for a very young family (both of her daughters were small children at the time). 

After completing her Master’s degree (a fine publication on thrips taxonomy), she took on a challenging project in the Republic of Guinea, starting in 1986. Despite an attempted military coup that happened right after her family arrived in Guinea (which would have sent me fleeing for Canada!), they stayed on and worked there for three years. Helene worked with local students at the University on their research projects as well as on her own project on the stalk-eyed fly (a pest of rice). At first, she had very little funding or resources. She obtained funding for two years from IDRC, however, and was able to find a management solution to this pest problem for local rice farmers and complete her Ph.D.

Helene’s experience and contacts she made from her work in Guinea has led to work with CIDA in Niger and Egypt, USAID in Morocco and collaborative work with people in Senegal and Burkina Faso. Her work has always dealt with reducing pesticide use and using alternatives to pesticides to management pests. She is a recognized scientific authority on integrated pest management, especially in agriculture in developing countries and is an advisor or resource person for FAO, the Global IPM Facility and the Developing Countries Farm Radio Network.

She continues her contribution to IPM and organic pest management with her current research and development of biopesticide products. These are sorely needed so that pest managers can have viable alternatives to persistent and toxic pesticides.

Linda A. Gilkeson, 
entomologiste au British Columbia Ministry of Water 
Land and Air Protection

 

A privilege to know Helene

Dr Helene Chiasson grew up close to nature and was always facinated by its amazingness, and especially by the wonders of the insect world. Although she pursued this interest in her B.Sc. Biology program at the Université du Québec à Rimouski (UQAR), it was her opportunities to apply her biological knowledge in the extensive organic garden on the farm she operated at that time with her husband Bill in Saint-Mathieu that really laid the foundations for her subsequent entomological and ecological work. This was when the Mouvement pour l'Agriculture biologique, and the associated organic food co-operatives, were being formed by Clément Boulanger and Yvan Marcotte and colleagues; and Helene was part of their support group in Rimouski. At the same time, an ecological agriculture group was also being formed at McGill University (Ecological Agriculture Projects by Dr Stuart Hill on the Macdonald Campus), and this seemed the ideal place for Helene to continue her learning journey and to pursue her postgraduate studies. Here she became part of a vibrant group of researchers (including Dr Linda Gilkeson, Dr Rod MacRae, Jennifer Pittet, and many others), who expanded her interests and gave her a forum to develop her ideas. It was here that she recognised the enormous untapped potential, both in nature and within our own species. She recognised in particular the still largely untapped possibilities for designing ecosystems to resist pests, produce healthy food, and be both sustainable and profitable; and also the vast cornucopia of natural products that may be used to manage pests during the transition to this broader ecological goal. 

In the mid-80s Helene started her long association with colleagues in French West Africa, initially through her PhD work on Stalk-Eyed Flies on rice in the Republic of Guinea, and subsequently through her Farmer Field School work with diverse groups of producers. Helene has also worked in this way in Senegal, Burkina Faso, Niger, Morocco and Egypt. Major outcomes have been more effective pest management, reduced pesticide dependence, producer empowerment and improvements in the sustainability of the farming systems in those countries. Because of this experience, Helene is a valued member of the FAO/WB-funded Global IPM Facility, and Canada's Developing Farm Radio Network.

In 2001, Helene formed Codena Inc., which is part of the Biopesticide Industry Alliance (which is under the leadership of Pam Marrone of AgraQuest in California). Their objective is to identify and develop natural products that can be safely used in effective IPM and Bio-control programs, these in turn being supportive of ecological and organic methods of production. What Helene brings to this work is much more than entomological competence. She is driven by a vision of a better more caring and responsible world, a belief in the essential “benignness” of nature and humanity, and an awareness that all scientific solutions, to be effective, must take into account the full range of psycho-social factors, so commonly neglected by many overeager less experienced scientists. It is this awareness that enables me to note that Helene is wise as well as clever, creative and resourceful as well as efficient and focused, and a joy to work with as well as competent. I can say this with authority, because it has been my privilege to know and work with Helene for much of the period described above. It is good to know that we can continue to expect great things from this outstanding entomologist. 

Dr. Stuart Hill, 
professeur-chercheur à University of Western Sydney 
Australie.

 

L’ouverture sur le monde…

En cette ère de productivité de masse, il est très agréable de pouvoir travailler avec une personne comme Hélène qui donne la priorité à la qualité du travail face à la rapidité ou la quantité. Pour Hélène, du travail fait avec rigueur, ça « paye » toujours au bout du compte. Elle est d’ailleurs très minutieuse et rangée. Il n’y a qu’à voir son bureau exempt de toute pile de papier (plutôt gênant pour sa colocataire de bureau un peu plus éparpillée!), ses vêtements toujours impeccables, sa voiture qui sent encore le neuf après un an d’usure. 

Hélène, c’est l’ouverture sur le monde. Il y a d’abord son doctorat sur un diptère qui attaque le riz qu’elle a mené en Guinée Équatoriale, en Afrique de l’Ouest, accompagnée de toute la petite famille (quand même, faut le faire!). Puis des contrats comme consultante en agronomie au Maroc, puis en Égypte, ce qui l’a amené à s’attaquer aux rudiments de la langue arabe. Elle a aussi effectué plusieurs voyages en Amérique Centrale et elle poursuit actuellement des cours d’espagnol. Puis il y a les arts, cinéma, musique, littérature, de tout azimut et de toute provenance. Puis cet intérêt à l’éducation des adultes, particulièrement celle des populations rurales, afin que ces gens puissent acquérir une connaissance plus approfondie de leur environnement et ainsi atteindre une plus grande autonomie. En plus de prendre des cours et des formations dans le domaine de l’éducation des adultes et de ses approches participatives, Hélène collabore aussi au Réseau des Radios Rurales des Pays en Développement. Cette organisation canadienne vise à rendre accessible pour des radios locales ou communautaires de tous les pays des textes de vulgarisation sur divers sujets liés à l’agriculture. Elle est également très active au sein de la Société d’entomologie du Québec comme responsable du comité des noms communs français des insectes.

Tout dernièrement, Hélène est devenue femme d’affaires en participant à la création de l’entreprise Codena inc., une compagnie de développement et de commercialisation de biopesticides. En tant que vice-présidente R&D, elle voit à toutes les étapes de développement incluant l’homologation de produits. 

Mais avant tout, Hélène est une collègue de travail fantastique, qui nous accueille toujours avec un bonjour souriant et sincère, toujours très attentionnée et généreuse, calme et patiente. Une personne très compréhensive ayant une attitude très humaine et qui a confiance en l’intelligence et l’autonomie des autres. 

Nadine Beloin1 et Roger Laurent Bernier2,
1 assistante de recherche chez UDA inc.; 
2 vice-président, Québec & région de l'Atlantique 
chez Gestion Foragen technologies inc. 
une entreprise partenaire de Codena inc.

 

Un oasis de paix …

Pour parler d’Hélène Chiasson, les mots qui me viennent à l’esprit sont « détermination », « intégrité » et « travailleuse infatigable ». Et les pensées qui me viennent au cœur sont « calme », « douceur » et « sensibilité ». Je me souviens de ma première rencontre avec Hélène au CRDH à Saint-Jean-sur-Richelieu durant l’été 1994; pour entendre sa voix douce et calme, je me devais de porter toute l’attention de mes deux oreilles. Je travaillais alors pour le Dr Charles Vincent en tant que technicien tout en ayant le plaisir de la côtoyer. Puis vint la bonne nouvelle, un emploi en entomologie, denrée plutôt rare, et une meilleure nouvelle encore, j’allais découvrir le plaisir de travailler sous sa direction.

Hélène est une personne dévouée à sa profession de par son travail et ses nombreuses implications à la SEQ et la SEC, tout en gardant une place de choix à sa famille et ses amis. Hélène sait rester calme sans hausser la voix dans les périodes les plus difficiles. 

Ne vous laissez pas méprendre par votre première impression d’une personne plutôt conservatrice, Hélène a bien vécu l’époque hippie des années 70 avec un retour à la terre dans le Bas du fleuve. J’attends d’ailleurs toujours les photos de cette époque plutôt marquante de sa vie. C’est d’ailleurs là, à l’UQAR, qu’elle a complété son baccalauréat en biologie. Aventurière dans l’âme et dans le cœur, elle a fait son doctorat en Afrique, où toute sa famille l’a suivi. Deux adorables filles Céu et Sara composent sa famille que j’ai aussi eu bien du plaisir à côtoyer au travail et à connaître à travers diverses activités. Ce goût de l’aventure et du voyage ne s’estompe pas avec le temps avec, encore aujourd’hui, des voyages fréquents en Afrique du Nord pour des projets de développement durable. 

Hélène est une personne curieuse et à l’appétit insatiable pour apprendre et découvrir de nouvelles choses; ce qui l’a amenée à choisir la voie la moins fréquentée. Travaillant au gouvernement fédéral à Ottawa au début des années 1980, elle a tout quitté pour poursuivre des études qui l’amèneront en entomologie. Cette originalité se reflète aussi dans son projet de recherche actuel au sein de la compagnie CODENA inc. Toutes ces responsabilités n’empêchent pas Hélène de pratiquer assidûment la natation, la danse aérobique ainsi que le ski de fond ou la bicyclette, selon les saisons, pendant ses journées de congés.

Je terminerais cette trop brève présentation en mentionnant que je garde de très bons souvenirs des six années passées à travailler avec Hélène et à partager des activités en compagnie de sa famille.

André Poliquin,
technicien en pomiculture à l’IRDA
Saint-Hyacinthe. 

 

Une maman extraordinaire…

Hélène est une maman extraordinaire. Nous avons été élevées par une mère qui sort de l’ordinaire, une entomologiste. Les insectes ont été très présents dans notre enfance. Par exemple, notre premier animal domestique n’était pas un chien ou un poisson rouge, mais plutôt des grillons et des coccinelles que nous devions nourrir entre autres avec des pucerons. En plus, nos premiers emplois d’étudiantes étaient de compter des graines de fraises pour le projet Biovac, aspirateur pour ennemis de culture dans les champs de fraises. C’était long! Nos amis nous soupçonnaient même de nous nourrir d’insectes, puisque nos réfrigérateur et congélateur étaient bondés d’insectes collectés par notre mère. Mais avec le temps nous avons réalisé que notre maman était une personne vraiment exceptionnelle. Elle a fait ses études en même temps qu’elle a élevé ses deux filles. Aujourd’hui, Hélène est devenue une femme d’affaires et une chercheure remarquable. Elle est parvenue aux objectifs qu’elle s’était fixée, car elle est fonceuse et elle a confiance en son travail. En regardant le cheminement de sa carrière, nous avons appris qu’il était important d’avoir de la persévérance dans les choses que l’on veut accomplir, de croire en soi-même et de ne jamais lâcher ce qui nous tient à cœur. Les succès de notre mère nous ont servi de modèle et nous ont encouragées autant dans notre vie professionnelle, nos études et dans la vie de tous les jours. 

Nous t’aimons beaucoup maman,

Sara et Céu 


© 2002 - Société d'entomologie du Québec

Dernière mise à jour: 15 déc. 2002