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Antennae Vol.
7 no. 3 Automne 2000 |
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Visage
d’Aujourd’hui: Avant-propos Jeremy McNeil est le seul membre de la SEQ à s'être mérité la décoration "Distinction entomologique" jusqu'à maintenant. De plus, vous savez comme moi qu'il jouit d'un rayonnement international comme chercheur scientifique. Cela faisait au moins deux bonnes raisons de vous le faire connaître un peu plus. Nous avons convenu de vous le présenter, non pas à travers son parcours et ses nombreuses réalisations, mais plutôt comme homme, comme directeur d'études et comme conférencier… Pour ce faire, une douzaine de personnes, la plupart ayant poursuivi ou poursuivant des études doctorales sous sa direction, ont été contactées. Il me fait grand plaisir de vous faire partager la mosaïque de textes qui constitue le fruit de cette "recherche". Christine Jean
… par Lucie Royer Jeremy McNeil n’a plus vraiment besoin de présentation. Scientifique reconnu internationalement, son nom est synonyme de qualité et d’excellence. Son laboratoire est donc un endroit privilégié de formation et d’entraînement pour affronter la dure réalité du monde de la recherche scientifique. Ce qui caractérise le plus Jeremy est certainement sa passion pour l’entomologie et la recherche. Cette passion le pousse à se maintenir en contact avec la réalité des insectes en se chargeant lui-même de certaines expériences. Bien peu de scientifiques en font autant. À l’époque de mon passage dans son laboratoire, il était le premier arrivé au labo le matin et souvent le dernier à partir le soir. Je peux en témoigner, puisque j’ai travaillé de nuit pendant une grande partie de mes études supérieures. Je me souviendrai d’ailleurs longtemps des discussions théoriques matinales que nous avons eues, plus instructives que n’importe quel cours magistral. Bien que bourreau de travail, il n’a jamais exigé que ses étudiant(e)s en fassent autant, acceptant leur rythme et leur choix. Il exigeait cependant une rigueur scientifique sans faille. Bien sûr, Jeremy est aussi reconnu pour son tempérament fougueux. La plupart des entomologistes ont entendu parler de ses mémorables emportements au cours desquels les mots dépassent souvent sa pensée. En tant qu’étudiant(e)s, il s’agissait de comprendre qu’il avait besoin d’exploser une fois de temps en temps et qu’il valait mieux laisser passer la tempête. Malgré ses sautes d’humeur passagères et aussitôt oubliées, Jeremy sait se montrer patient, rassurant et encourageant avec ses étudiant(e)s. De plus, il ne manque pas une occasion de vanter les qualités de ses étudiant(e)s gradué(e)s. En bon père spirituel, fier de sa progéniture, il dira à qui veut l’entendre qu’il a formé les meilleurs entomologistes de la nouvelle génération. Lucie Royer est chercheure scientifique au Centre de foresterie de l'Atlantique.
… par Jacques Brodeur Un laboratoire stimulant Les écologistes l’apprennent durant leur formation et le valident au cours de leurs travaux de recherche: l’environnement est le creuset qui façonne les individus. Tout étudiant gradué ayant eu Jeremy McNeil comme superviseur de mémoire ou de thèse a pu s’épanouir dans un environnement unique. Dans son laboratoire sens dessus dessous, Jeremy a su créer et maintenir des conditions d’apprentissage propres à sa personnalité et à ses valeurs. Ces conditions étaient gagnantes pour ceux et celles qui s’y adaptaient, elles incitaient tout simplement à se surpasser. Il y avait d’abord Jeremy, le personnage, le modèle, le maître comme on les appelait à une autre époque. La passion pour la recherche, l’ardeur à l’ouvrage, une curiosité intarissable étaient réelles, omniprésentes chez lui. Difficile au quotidien, même pour un jeune et fringuant apprenti, de suivre le rythme de Jeremy, de 7h00 le matin jusqu’en soirée, et ce 6 ou 7 jours par semaine. Il a ainsi amené la plupart de ses étudiants à travailler très fort, à ne pas se satisfaire de demi-mesures, à recommencer lorsque nécessaire, mais aussi à savourer le plaisir d’une hypothèse originale, d’une expérience difficile menée à bien, d’un manuscrit bien ficelé. Jeremy a toujours prêché par l’exemple, n’exigeant pas de ses étudiants ce que lui-même ne s’imposait. En ce sens, il est intègre. C’est pourquoi je n’ai pas hésité à suivre son enseignement. Indirectement, peut-être à son insu, il nous faisait également considérer les sacrifices de la vie professionnelle que nous étions prêts ou non à assumer. La passion du travail s’avère parfois une maîtresse bien exigeante. Le laboratoire de Jeremy c’était également tous ceux et celles qui gravitaient autour d’une cafetière toujours brûlante : carburant pour certains, prétexte à la discussion pour d’autres. Durant mes études chez Jeremy, nous étions une dizaine d’étudiants gradués à fourmiller au laboratoire. Nous venions pour la plupart d’institutions autres que l’Université Laval. Cela contribuait à renforcer les liens entre nous, à créer ce que certains désignent comme une deuxième famille. La langue d’origine avait très peu d’importance. L’entraide était de mise. La compétition s’établissait entre nous essentiellement pour avoir accès au temps précieux que Jeremy pouvait nous consacrer. Notre compétiteur le plus insidieux était cependant le téléphone. Une fois bien assis sur la petite chaise droite en bois, à l’entrée du bureau de Jeremy, la sonnerie du téléphone nous menaçait, beaucoup plus que ceux et celles qui pouvaient attendre à l’extérieur, adossés au photocopieur. Jeremy adore discuter longuement au téléphone avec ses collègues, il valait alors mieux retourner se consoler près de la cafetière. Nous fréquentions peu les congrès. Qu’à cela ne tienne, les conférenciers venaient à nous ! Jeremy a toujours invité de nombreux chercheurs à présenter des séminaires et à séjourner au laboratoire. C’était alors des occasions uniques de rencontres et discussions avec toutes ces étoiles filantes en écologie et en physiologie des insectes. Quelques jours précédant l’arrivée de nos invités, une feuille circulait au laboratoire nous invitant à choisir une période pour un tête-à-tête avec ces chercheurs à la renommée a priori souvent intimidante. Avec un peu de recul, j’ai constaté comment ces entretiens, où nous avions l’opportunité de discuter de nos idées, de nos travaux, furent déterminants pour notre confiance et notre formation, ainsi que pour établir des contacts privilégiés. Jeremy nous a généreusement fourni les moyens techniques et intellectuels de nos ambitions d’étudiants gradués. Son laboratoire était ouvert sur le monde, ajoutant ainsi une autre dimension à notre cheminement en recherche. Son enthousiasme communicatif nous a motivé à l’entomologie, à la science. Quelques années plus tard, occupant les mêmes fonctions, j’essaie de recréer dans mon propre laboratoire l’essentiel de cet environnement stimulant. Très tôt, cependant, je me suis procuré un répondeur téléphonique... Jacques Brodeur est professeur-chercheur au département de phytologie de l'Université Laval.
… par Dan Quiring Nouvellement arrivé à Québec, je ne savais pas à quoi m’attendre lors de ma première rencontre avec Jeremy, mon directeur de thèse, car je ne lui avais parlé qu’au téléphone. Je me souviens clairement que, lors de cette rencontre, il a décrit 6 ou 7 projets que je devais considérer comme sujet de thèse. Après avoir mentionné pourquoi ces projets ne m’intéressaient pas particulièrement, je lui ai demandé s'il n’en avait pas un «bon». Au lieu de jeter à la porte son nouvel étudiant insolent, il m’a décrit un autre projet qu’il voulait garder pour lui-même. C’était un très bon projet et je l’ai tout de suite accepté comme sujet de thèse. Cette histoire de ma première rencontre avec Jeremy démontre plusieurs de ses qualités : il a beaucoup d’idées, il est très patient avec les étudiants motivés par leur travail, et il peut généralement associer les étudiants avec un projet qui leur convient. Jeremy m’a toujours encouragé pendant mes années à l’Université Laval et voulait constamment connaître les derniers développements de ma recherche. Il est plein d’énergie et adore discuter recherche avec ses étudiants gradués. Les étudiants de Jeremy qui travaillent fort peuvent compter sur lui pour leur fournir les ressources nécessaires pour accomplir leur travail. Non seulement Jeremy m’a aidé quand j’en avais besoin, mais il a également poussé ma candidature pour plusieurs prix pendant mes études graduées. Jeremy n’a pas ménagé les efforts pour nous présenter, les autres étudiants et moi, à des chercheurs de renom qu’il invitait à venir faire un séjour ou que l’on rencontrait à des congrès scientifiques. Après mon embauche à l’Université du Nouveau-Brunswick, il m’a même donné un coup de main pour écrire deux demandes de subvention et a soumis ma candidature pour quelques prix. Une des qualités les plus impressionnantes de Jeremy est qu’il n’ait pas changé depuis notre première rencontre. Il est toujours énergique, enthousiasmé par la recherche et compatissant comme il y a vingt ans. Dan Quiring est professeur-chercheur à la faculté de foresterie et d'aménagement de l'environnement de l'Université du Nouveau-Brunswick.
… par David Marchand Quand vous entrez pour la première fois au 4065 du pavillon Vachon à l'Université Laval pour y étudier, vous y découvrez Jeremy McNeil, un bonhomme accueillant. Votre "angoisse" de trouver la première phrase que vous allez dire à votre nouveau directeur se dissipe aussitôt; vous n'avez pas le temps d'en placer une, Jeremy est déjà parti sur un monologue vous expliquant la façon dont son laboratoire fonctionne. Il continue sa "discussion" en vous élaborant tous les projets qu'il développe ou qu'il compte prochainement mettre en place. Si vous avez le malheur de venir de France (et c'est mon cas), il vous demande si vous avez placé, à son intention, une bonne bouteille de vin dans votre valise. Vous comprenez alors aussitôt que vous venez de perdre une occasion de vous le mettre dans la poche. Vous venez aussi de comprendre que ce chercheur est un grand amoureux des produits de Bacchus … et des soirées autour d'une bonne bouffe (j'en veux pour preuve les "partys" de labo annuels chez lui). Ces premières observations d'un gars qui aime bien les plaisirs de la vie vous permettent de vous faire une impression positive de votre nouveau directeur. Après cinq années passées dans son laboratoire, vous comprendrez aussi que Jeremy aime bien ajouter quelques épices dans sa nourriture comme dans sa vie. Une fois que vous aurez décelé assez d'ingrédients de sa personnalité, vous pourrez vous aventurer à vous installer dans la cuisine pour mijoter une recette que l'on pourrait intituler : Écologiste sur lit de bonnes idées à la crème anglaise Le premier ingrédient, et certainement le principal qui fait que Jeremy est toujours dans ce domaine, est qu'il adore raconter des histoires "scientifiques". Bien sûr, pour les histoires orales, il a vraiment le don (et une assez grande gueule) pour capter l'attention de n'importe lequel des auditoires, que cela soit bien sûr lors des congrès scientifiques, mais aussi dans les écoles où il donne de nombreuses présentations aux enfants, ou encore, au "pauvre" étudiant qui passe au labo par hasard, et pour 5 minutes, afin d'avoir une idée de ce qui se passe chez nous, et qui en ressort une heure plus tard après que Jeremy ait fini de lui raconter son histoire entomologique. Cet amour pour les histoires, il l'a aussi quand il écrit des articles. Jeremy a bien sûr une bonne idée avant de faire ses expériences et généralement, il ne lui prend pas beaucoup de temps à réaliser l'histoire finale. Je l'ai pourtant vu, un matin, se triturer l'esprit en rédigeant la discussion d'un article. De toute évidence, il y a quelque chose qui n'allait pas. Dans l'ensemble, son histoire était pourtant bien "tricotée", mais apparemment, il y avait quelque chose qui n'entrait pas dans le scénario. Et ça faisait déjà quelques jours qu'il pensait à ça, mais ce matin-là, il a trouvé la "solution", le bon raisonnement, et pour avoir été dans son bureau à ce moment-là, je peux vous dire qu'il était heureux comme un enfant devant ses cadeaux un 25 décembre au matin. Et il n'y a peut être rien de plus motivant pour un étudiant, que d'avoir un directeur qui s'amuse encore dans son travail, après 30 ans de carrière. Par contre, il n'y a rien de plus "frustrant" pour un étudiant quand ton directeur, dès que tu lui montres tes résultats, en fait une histoire en 5 minutes. Alors, petit conseil pour les futurs étudiants de Jeremy : préparez votre propre histoire avec vos résultats avant de passer dans son bureau, sinon, il ne pourra s'empêcher d'en créer une avant vous (et priez en même temps que son téléphone ne sonne pas pendant votre explication, mais là, bonne chance, car il sonne tout le temps !). Le deuxième ingrédient pour réussir ce petit plat, c'est la mémoire que Jeremy possède. Bien sûr, il a la mémoire des nombreux articles qu'il a lus et c'est assez difficile de le prendre au dépourvu quand on discute littérature scientifique avec lui. Vous allez me dire que c'est normal, quand on est directeur, c'est la moindre des choses. Je vous l'accorde, mais ce n'est pas tellement cette mémoire qui m'a le plus surpris (même si elle est assez impressionnante). Pour que vous compreniez bien, je dois vous raconter une petite anecdote que j'ai personnellement vécue, mais qui, après discussion avec d'autres étudiants, arrive à beaucoup de personnes travaillant avec Jeremy. Pendant plusieurs mois passés à essayer quotidiennement de faire voler de maudits parasitoïdes vers une source phéromonale dans un tunnel de vol, je me demandais toujours pourquoi Jeremy me demandait à chaque fois: "Et puis, aujourd'hui, ça vole?". Je ne savais pas comment interpréter ce qui ressemblait fort à un semblant de compassion professorale de sa part. Et franchement, à la tête que je faisais certains jours en pensant qu'il n'y avait rien d'évolutif dans le comportement de ces bibittes mais qu'elles étaient plutôt là pour m'empêcher d'obtenir des résultats cohérents, je me demandais si tout simplement Jeremy ne se foutait pas de la gueule du "petit français du labo". Ce n'est que quelques mois plus tard que j'ai compris pourquoi il me posait toujours cette question. C'est tout simplement qu'il se montait un scénario de mes résultats par rapport à mes réponses parfois désabusées (je vous l'ai dit, chez lui c'est maladif). Quand je commençais à interpréter mes résultats et que j'en discutais avec lui, là, sa mémoire jouait son rôle, et il me disait "innocemment" : "Mais le 5 juin tu m'as dit que tu avais 10 mâles qui avaient bien répondu alors que le 10 septembre tu n'en avais que deux" (et là, j'exagère à peine). Ce jour, là, j'ai appris à me méfier de Jeremy, ou plutôt, j'ai appris à me méfier de ce que je lui disais. Alors, même s'il se "ballade" aux quatre coins du monde pour son travail et qu'il n'est pas souvent au labo, croyez-moi, il arrive quand même à diriger son équipe. -Pour le troisième ingrédient, il faut commencer à mettre un peu d'épices, sinon ce plat va être bon, mais un peu fade. Disons que Jeremy est parfois râleur. Mais rassurez-vous, la "personne" (j'utilise ce mot car parfois on a vraiment l'impression qu'il s'adresse à une personne dont on ne voudrait pas prendre la place) envers laquelle il passe la plupart de ses "frustrations", c'est son ordinateur. Il est vrai qu'il passe beaucoup de temps derrière cette machine mais c'est quand même amusant de régulièrement constater qu'une certaine incompréhension demeure dans cette relation. Je n'ai jamais osé lui poser la question mais je me demande parfois s'il est conscient que l'utilisation d'une pléiade de jurons anglais est inutile dans ce genre de situation. Bon, le dernier ingrédient qu'il ne faut surtout pas oublier sans quoi la recette ne sera pas réussie, c'est ce fameux humour anglais que Jeremy a très bien su conserver même après 30 années passées au Québec (mais bon, les bonnes habitudes ne se perdent pas !). J'aurais sûrement beaucoup d'anecdotes à raconter à ce sujet, mais celle qui m'a le plus marqué est la suivante : Arrivant de France, je ne connaissais pas vraiment Jeremy et sa réputation. Très vite, des étudiants m'ont fait leurs commentaires, et un qui revenait souvent était : "Tu verras, Jeremy est très exigeant, surtout en ce qui concerne la rédaction de ta thèse". Alors quand m'était venu le temps de poser sur son bureau la première version de mon mémoire de maîtrise, j'avais pris mes précautions; cette version était déjà passée entre les mains d'étudiants (que je trouvais déjà pas mal sévères). Dès le lendemain (ah, oui Jeremy est assez efficace), il me redonne ma copie en disant "Ça va !" Alors je retourne dans mon bureau en étant bien content d'avoir mis beaucoup de bémols à ces dires d'étudiants sans doute aigris, puis, je regarde de plus près ses annotations. Et là, l'encre de son stylo rouge avait plus imprégné mes feuilles que le noir de l'imprimante. À ce moment-là, ma pensée a changé et, après tout, les étudiants qui m'avaient promulgué ces conseils ne devaient pas être aigris mais réalistes. Puis je retourne à la première page de cette fameuse version et je vois que Jeremy avait mis un commentaire général. Vous ne devinerez jamais ce qu'il avait écrit : "GOOD START". Si ça, ce n'est pas de l'humour anglais… surtout quand tu ne comprends pas comment quelque chose peut être "good" avec autant de rouge et surtout quand tu pensais être plus près du "end" que du "start". Voilà, maintenant vous mélangez tout ça, et vous commencez, je l'espère, à avoir une bonne idée de ce personnage qui est mon directeur de recherche. Et pour choisir le vin qui accompagnera ce plat, demandez conseil à Jeremy… David Marchand est étudiant au doctorat sous la direction de Jeremy McNeil à l'Université Laval.
… par Michel Cusson "jé-ré-mie" La majorité de ses étudiants et collègues francophones ont fait de lui un des leurs en le rebaptisant « Jérémie ». C'est à la fois un témoignage de l'affection qu'on lui porte et de la facilité qu'il a à s'intégrer à tout groupe. Mais s'il est une communauté au sein de laquelle il se sent particulièrement chez lui, c'est la communauté entomologique internationale. De passage dans son laboratoire pour quatre brèves années d'études doctorales, j'ai eu l'opportunité de l'accompagner à diverses conférences et de constater de mes propres yeux jusqu'à quel point il est connu et apprécié de ses collègues entomologistes. Mais on aurait tort de croire que la célébrité dont il jouit se limite au milieu des sociétés savantes. Un jour, me trouvant démuni face à la complexité apparente du transport en commun à Port-au-Prince, je sollicitai l'aide d'un passant qui me demanda d'où je venais. Je lui répondis que j’étais de Québec et que j'étudiais à l'Université Laval. À brûle-pourpoint, il me demanda si je connaissais « Jérémie » McNeil; lorsque je lui dis que je travaillais dans son laboratoire, son visage s'illumina et il m'escorta jusqu'à ma destination. Cette notoriété de « Jérémie» m’a d’ailleurs rendu de grands services pendant mes études graduées. Par exemple, il a généreusement partagé avec moi plusieursde ses « connections » au sein des cercles entomologiques qu'il fréquente, m'introduisant de façon rapide et efficace à de nombreux collègues et m'aidant ainsi à démarrer ma carrière. Il faut dire que c'est un mélange unique de talents et de qualités humaines qui inspire cette reconnaissance et l'amitié qu'on lui accorde. Outre ses compétences remarquables comme scientifique – je n'ai encore jamais rencontré d'entomologiste aux intérêts aussi variés et aux réussites professionnelles aussi nombreuses – ses talents de communicateur ne cessent d'éblouir ses auditoires. Ses présentations combinent un enthousiasme contagieux, un sens aiguë de la pertinence du sujet pour son public, et un humour irrépressible. Je me souviens encore d'un symposium auquel lui et moi participions aux États-Unis. Il débuta sa présentation en projetant sur l’écran une diapositive montrant deux esquimaux se tenant debout à côté d'un igloo. Faisant allusion à certains mythes américains sur les rigueurs du climat canadien, il commenta cette image ainsi: « Voici une photo de Michel et moi prise quelques minutes avant notre départ de Québec (au mois de septembre!) pour Boston. » Ces quelques mots brisèrent instantanément la glace et rendirent l'auditoire réceptif à l'une des meilleures présentations scientifiques qu'il m'a été donné d'entendre. Mais
au-delà de ce grand scientifique et de ce communicateur chevronné se trouve un
individu sensible, chaleureux et généreux – il est venu à mon secours plus
d'une fois pendant les années précaires de mes études graduées. Ainsi,
« Jérémie » allie des talents et des qualités qui auront inspiré
toute une génération d'entomologistes au Québec et ailleurs. Chapeau! Michel Cusson est chercheur scientifique au Centre de foresterie des Laurentides.
… par Johanne Delisle Faire ses études doctorales sous la direction de Jeremy McNeil n’est certes pas une mince tâche, mais tous s’accorderont pour dire que cela constitue un excellent point de départ pour faire carrière comme chercheur-entomologiste. Pour ma part, j’ai eu la chance de faire partie de son équipe au début des années 80 alors que son laboratoire était en pleine effervescence. En effet, à cette époque, nous étions plus d’une quinzaine d’étudiants de 2e et 3e cycles à réaliser des thèses sur des sujets tous aussi variés et originaux les uns que les autres. Nous savions que nous étions entre bonnes mains, car celui qui nous dirigeait était un chercheur-né. En tant que directeur de thèse, Jeremy nous a laissé beaucoup de latitude dans la réalisation de nos travaux, et à des degrés divers, nous avons tous un peu appris de nos erreurs. Cependant, pour éviter le pire, il nous était fortement conseillé de lui faire part de nos protocoles car, grâce à son esprit critique, il décelait rapidement les failles. Pour ceux cependant qui s’étaient aventurés un peu trop vite, il finissait souvent par trouver une solution miracle, si bêtise avait été commise. Certains vous diront qu’il n’était pas toujours très tendre dans sa façon de nous le faire savoir. Certaines discussions ont été intenses, bondissantes, mais à tout le moins, constructives. On peut dire de lui que c’était un directeur capable de nous remettre habilement sur la bonne voie, nous remonter le moral au besoin, ou encore, nous encourager à aller plus loin si tout semblait se dérouler normalement. Comme il était lui-même acharné au travail, il nous disait souvent d’en faire plus que moins : «Couvrez vos fesses» était une de ses façons de faire passer son message, comme ça vous éviterez d’avoir des «trous» dans la thèse et vous y gagnerez en bout de piste. On le savait fier de nous quand on réussissait, de peine et de misère, à lui “tricoter une bonne histoire”,que ce soit pour la présentation d’une conférence ou la rédaction d’un article scientifique. Aussi, jamais nous a-t-il refusé l’occasion de participer à des congrès scientifiques. De plus, pour ceux d’entre nous qui étaient d’origine francophone, il nous a même fortement encouragé à présenter nos conférences en anglais lors de congrès nationaux. Il y a 20 ans, cela n’était pas pratique courante tout comme le fait d’accueillir de jeunes canadiens anglais dans une université francophone pour y poursuivre des études graduées. À cet effet, Jeremy a été un rassembleur de nos deux cultures. Il nous avait déjà donné le bon exemple, lui, cet anglais, qui avait osé accepter un poste de professeur dans une université francophone sans y connaître les rudiments de la langue française. Il fallait donc qu’il soit bien déterminé pour agir de la sorte et c’est sans doute à cause de son audace et de sa ténacité qu’il a, jusqu’à maintenant, si bien réussi à tous les niveaux de sa carrière. En terminant, je m’en voudrais de ne pas souligner ce que je considère être l’une des qualités les plus remarquables chez Jeremy, son intégrité scientifique. Jeremy est une personne capable de juger de la science de tout un chacun avec rigueur et impartialité. C’est la raison pour laquelle plusieurs personnes, d’ici ou d’ailleurs, le consultent afin d’avoir un jugement éclairé sur divers aspects de l’entomologie ou de la science en général. Enfin, c’est aussi grâce à son enseignement pratique et théorique que nous avons pu faire de si grands pas dans le domaine de l’écologie des insectes au Québec. Personne ici ne saurait contester ce fait et, à cet égard, qu’il soit assuré, de ma plus sincère reconnaissance. Johanne Delisle est chercheure scientifique au Centre de foresterie des Laurentides.
… par Raymond-Marie Duchesne Ouf ! … 26 ans déjà ! Que d’années ont passé ! J’ai été son premier étudiant gradué (son cobaye francophone…), ayant débuté en 1974 sur l’hespérie des graminées. Que de souvenirs, tous plus agréables les uns que les autres ! Ce fut une période trépidante et parfois tumultueuse (inutile d’en dire plus….), mais des plus bénéfique. Passionné par l’entomologie et la recherche scientifique, jeune, dynamique, créatif, déterminé, bon stratège et opportuniste, il a rapidement envahi les secteurs de pointe en agriculture et foresterie. Les problèmes entomologiques de l’heure sont devenus des petites « mines d’or ». Subventions, étudiants et étudiantes gradués, publications et conférences se sont succédés à un rythme fou. Son laboratoire de recherche à l’Université Laval était une vraie fourmilière dirigée et orientée adroitement de main de maître. À certains moments même, nous vivions dans un contexte où la diversité des espèces d’insectes et surtout leur abondance dépassaient presque la réalité. Sa personnalité m’a animé et aidé à déployer mes aptitudes pour la recherche entomologique. Sa générosité et sa confiance m’ont permis d’exploiter divers secteurs de l’entomologie agricole au-delà de la théorie, par la réalisation de plusieurs projets, grâce à la disponibilité de ressources financières et humaines. Il est exigeant et un « gagnant ». Avec Jeremy, tu restes ou tu quittes. Tu dois performer, être le plus possible autonome et avoir du « sang de chercheur ». Il nous a, à divers degrés, marqué par sa personnalité, par ses passions et sa vision très innovatrice de la lutte contre les ravageurs en harmonie avec la nature. Ainsi, ce souci de la protection de l’environnement, de la réussite, le goût du travail et des défis m’animent toujours tout comme, sans aucun doute, d’autres anciens qui font leur marque aujourd’hui, tant au Québec qu’à l’étranger dans différentes disciplines de l’entomologie. Nous vieillissons sensiblement ensemble. Ce fut aussi pour moi un plaisir d’avoir été, pour un court laps de temps, le maître lors de son apprentissage du français et des rouages du Québec. Survolté par ses objectifs de carrière, il a su voler très vite de ses propres ailes. Il n’a jamais craint les défis, bien au contraire, il les multipliait. Bravo et un grand merci, Jeremy, pour ton implication à avoir fait progresser l’entomologie québécoise sous toutes ses facettes ! Raymond-Marie Duchesne est coordonnateur de la stratégie phytosanitaire au ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec.
… par Denise LeBlanc C’est toujours avec un grand plaisir que je reçois monsieur Jeremy McNeil dans ma classe. Comme d’habitude, il est arrivé en juin dernier avec ses cafards de Madagascar et son beau sens de l’humour qui le caractérise si bien! À chacune de ses visites, ce qui m’impressionne le plus, c’est son approche avec les jeunes. Il se met à leur portée et leur communique sa passion des insectes. Monsieur McNeil est plus qu’un entomologiste-chercheur, plus qu’un professeur universitaire, c’est un grand environnementaliste et aussi un grand humaniste! Cette année, sa conférence portait sur les systèmes que les chercheurs étudient pour modérer l’impact des insectes nuisibles sur les récoltes. Ses nombreuses diapositives ont bien fait comprendre aux jeunes l’importance des traitements biologiques et les nombreuses recherches expérimentales faites un peu partout sur la planète. À peine arrivé au Québec, le lendemain , il repartait pour l’Australie. Puis, ce sera la Thaïlande, la Suède, l’Angleterre, l’Espagne, l’Allemagne, les États-Unis, le Brésil et bien d’autres pays. Denise LeBlanc est enseignante à l’école Fernand-Séguin de Sainte-Foy.
… par Ariane, 5eannée Visite d'un drôle de spécimen ! Le jeudi 8 juin, nous avons eu la visite de monsieur Jeremy McNeil, entomologiste chercheur de l'Université Laval. Tout d'abord, il nous a dit que les insectes sont nuisibles parce qu'ils nous piquent, ils font beaucoup de ravages et ils sont laids. Mais malgré tous leurs défauts, monsieur McNeil les aime… même s'il en est allergique ! Drôle de spécimen, n'est-ce pas ? Il nous a ensuite expliqué que l'utilisation des produits chimiques n'est pas toujours nécessaire. Puis, il nous a parlé des moyens efficaces qu'il utilise. Voici quelques-uns de ses trucs environnementaux : ¨ D'autres insectes peuvent manger les bibittes nuisibles. Exemple: la coccinelle mange des pucerons. ¨ Des champignons tuent des insectes en poussant sur eux. ¨ Les fausses-pommes (pseudo-pommes) attirent les moustiques. Finalement, il nous a confié ce qu'il a utilisé pour attirer la mouche tsé-tsé, celle qui donne la maladie du sommeil. Vous ne savez peut-être pas, mais c'est du pipi ! Eh oui ! Du pseudo-pipi… À la fin de la visite conférence de monsieur McNeil, nous avons pu prendre ses coquerelles dans nos mains et admirer de près sa collection d'insectes.
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