Antennae Vol. 10, no.1, Hiver 2003



VISAGE D'AUJOURD'HUI

Raymond-Marie Duchesne : 
un homme de combat… contre les pesticides et bien d’autres choses

En lisant les textes qui suivent, vous constaterez que ce natif de la région du Saguenay a été le premier étudiant de Jeremy McNeil, le premier étudiant du département de biologie de l’université Laval à convertir ses études de maîtrise en études doctorales. Il a occupé deux fois le poste de président de la SEQ. Il a aussi été membre fondateur de la Maison des Insectes (MDI).

Ses plus beaux souvenirs sont : (1) d’avoir trouvé des oeufs d’hespérie des graminées dans des balles de foin et dans la semence du mil, ce qui a permis de mieux connaître la biologie de reproduction de cet insecte ravageur; (2) d’avoir observé une épizootie virale dans plusieurs champs de la région de Normandin et de voir toutes les chenilles mortes au sommet des plants de mil; et (3) les années entourant la création de la Maison des Insectes. 

Depuis son arrivée, en 1997, à la Stratégie phytosanitaire, il a fait beaucoup pour la faire connaître avec des logos, des affiches, des slogans, un site web et de nombreuses publications de qualité. Il continue de travailler à la réduction de l’utilisation des pesticides chimiques et la promotion des solutions alternatives gagnantes.

Il souhaite aussi voir la mise en place d’un véritable système de gestion de la recherche scientifique qui assurerait un transfert plus rapide et efficace des résultats vers les utilisateurs potentiels.

Je vous invite donc à faire la connaissance de cet ex-moustachu, dans la cinquantaine, et qui est prêt à livrer une dure bataille pour défendre tout ce qui lui tient à cœur : idées, opinions, projets, famille, amis, collègues, etc.

Daniel Gingras, 
entomologiste, contractuel pour le MAPAQ.


S'il n'existait pas, il faudrait l'inventer!

Quel personnage que ce Raymond-Marie Duchesne! 

Ma première rencontre avec lui remonte au temps de son doctorat, au milieu des années ’70. Je travaillais alors au MAPAQ à titre d'entomologiste-chercheur pour développer des stratégies de lutte contre les insectes des plantes fourragères. Le principal ravageur de cette culture était, à l’époque, l'hespérie des graminées. Étant donné que le sujet de doctorat de Raymond-Marie portait sur le développement d’insecticides viraux contre cet insecte, nos chemins se sont alors croisés souvent. Je me rappelle encore voir le futur Dr Duchesne, avec son épouse, comptant des œufs d'hespérie. Que de patience cette dernière manifestait alors et..., encore aujourd’hui... Il faut croire que leurs efforts conjugués (et conjugaux) ont porté fruit, puisque l'hespérie est aujourd’hui une espèce en voie de disparition.

J’ai par la suite eu la chance de travailler plus étroitement avec Raymond-Marie lorsque celui-ci me rejoignit au Service de Phytotechnie de Québec en 1980, tout d’abord comme spécialiste des pesticides, puis comme responsable du développement de programmes de lutte intégrée contre le doryphore de la pomme de terre. Ses travaux dans ce dernier domaine lui ont valu d'être reconnu comme un visionnaire, un chercheur respecté par les producteurs et par ses pairs, ainsi qu’un ardent promoteur de la lutte intégrée. Puis arriva Admire, la potion magique dont tous les producteurs rêvaient et qui leur permettait, du moins temporairement, de solutionner leurs problèmes de doryphore sans trop se casser la tête.

On ne peut passer sous silence non plus une autre caractéristique de RMD à cette époque… le format. Tout était gros : les parcelles, le tour de taille, la moustache, tout, sauf peut-être... les budgets.

C’est toutefois, depuis que RMD a pris en charge le dossier de la Stratégie phytosanitaire en 1997, que notre complicité professionnelle s’est le plus développée, avec comme trame de fond la lutte intégrée. Au cours des cinq dernières années, sa conviction et son ardeur à défendre les objectifs de la Stratégie phytosanitaire, bien que bousculant pour certains, ont fait du Québec un leader mondial en regard des risques associés à l'utilisation des pesticides et du développement de la lutte intégrée.

Merci Raymond pour tout ce que tu as apporté à l'entomologie et à l'agriculture du Québec.

Michel Letendre, 
biologiste-agronome à la 
Direction de l'innovation scientifique 
et technologiques du MAPAQ

Rien n’est petit avec Raymond-Marie!

Il y a des amis d’enfance et des amis de parcours. Raymond-Marie est un ami de parcours. C'est à l'Université Laval que nos parcours se sont croisés, au gré des rencontres d’étudiants gradués, de quelques célébrations, etc. Raymond-Marie, étudiant avec Jeremy McNeil, se démarque rapidement en convertissant son programme d’étude de maîtrise en un programme de doctorat. Le projet de recherche à haute visibilité couvre un grand territoire et met l’accent sur l'écologie, jusque là négligée à Laval, du moins en entomologie. Avec Jeremy, il pave une nouvelle voie qui s'ajoute aux forces du département. 

Nos parcours se séparent et se rejoignent au fil des ans. Bien installé au MAPAQ, Raymond-Marie développe un programme de recherche et de gestion du doryphore en culture de pommes de terre qui fait de lui Monsieur Doryphore! Toujours intéressé à la gestion, autant des gens que des insectes, sa contribution aux sociétés entomologiques et à l'éducation du public en entomologie par la production de documents ou sa participation aux institutions de vulgarisation a été soutenue depuis la préparation de sa thèse et s'est élargie lorsqu’il a accepté sa position actuelle à la direction de l’Environnement et du Développement Durable. 

En 1995, nos parcours se sont recroisés lorsque nous avons combiné nos efforts pour organiser une conférence nord-américaine sur le doryphore. Ses connaissances, son talent d’organisateur, et son enthousiasme communicatif ont largement contribué au succès de l’entreprise. Avec Raymond-Marie, cette conférence devint un événement! Ce fut une magnifique période dont je me souviens avec grand plaisir. Encore plus important, les participants s’en souviennent encore, eux aussi! C'est la période où Monsieur Doryphore ajoute à ses titres celui de Monsieur T-Shirt! Il en avait vendu plus de 300 dans le cadre de ce congrès.

Les opinions fermes et l'ambition de Raymond-Marie sont contre balancées par un grand attachement à sa famille et aux copains. Ses fortes opinions et sa conviction de l’importance d’une approche intégrée pour la gestion du doryphore demeurent et ont été tout simplement transférés à un autre niveau d’activité. De sa position actuelle, Raymond-Marie n'est plus le chercheur entomologiste dédié à la lutte contre le doryphore qu'il était, mais travaille agressivement à transformer notre société et le monde agricole en milieux plus réceptifs à l’approche intégrée en protection des cultures contre les insectes et autres parasites. Si les doryphores croient que l’entomologiste qu’ils craignaient le plus a abandonné la lutte, une mauvaise surprise se prépare pour eux!

Gilles Boiteau, 
chercheur au Centre de Recherche 
sur la pomme de terre de Frédéricton

Enthousiasme et détermination

J’ai fait la connaissance de Raymond-Marie, M. Doryphore, en août 1991 lorsque j’ai obtenu un contrat comme assistante pour ses travaux de recherche au Service de Phytotechnie de Québec du MAPAQ. Il réalisait des essais au champ visant à tester différents paramètres d’application du Bt (dose, intervalle entre les traitements, etc.) et à évaluer l’efficacité de moyens mécaniques pour lutter contre le doryphore (aspirateur, soufflerie et brûleur au propane). Il manifestait beaucoup d’enthousiasme face à ces projets qui n’ont toutefois pas connu les succès escomptés, le doryphore est un « dur à cuire »... Son idéal de réduire l’utilisation des pesticides, il le poursuivait alors tout autant mais d’une façon différente de ce qu’il fait présentement comme coordonnateur de la Stratégie phytosanitaire. 

J’ai aussi vu l’enthousiasme de Raymond-Marie se manifester autour de projets concernant la SEQ. Quand une cause ou un projet lui tient à cœur, il fait tout en son possible pour en mener à terme la réalisation. À la SEQ, Raymond-Marie a été président à deux reprises, en 1988-89 ainsi qu’en 1993-94. On peut dire qu’il a travaillé à augmenter la visibilité de la Société, de même que celle de l’entomologie au Québec. Il a été très actif dans la création de la Maison des Insectes à Québec; il en est d’ailleurs encore membre du conseil d’administration. 

De plus, c’est sous la présidence de Raymond-Marie qu’Antennae a vu le jour au printemps 1994. Il a fortement appuyé la volonté de Christian Hébert, responsable du bulletin sous son format de l’époque, de transformer celui-ci en une publication plus régulière et présentant un contenu et une présentation largement améliorés. Raymond-Marie voulait que la Société se dote d’un bulletin avec une couverture « personnalisée », un bulletin qui « ait de la gueule… » . Il considérait Antennae comme « un investissement rentable, un projet mobilisateur, une revitalisation » dont la Société avait besoin (Antennae, Mot du président, volume 1, numéro 1). 

On peut d’ailleurs dire que la SEQ a connu un essor considérable à partir de ce moment : le membership a augmenté, de même que la participation aux congrès autant en terme d’assistance qu’en terme du nombre de communications scientifiques présentées. 

Merci Raymond-Marie pour ta contribution !

Christine Jean, 
entomologiste, professionnelle de recherche à l’université 
Laval ou pigiste en rédaction, révision et édition, selon le jour…
 

Raymond-Marie : un homme déterminé

Lorsque j’ai connu Raymond-Marie, il y a une vingtaine d’années, il était déjà pleinement impliqué au sein de la SEQ. Alors président de la filiale de Québec, Raymond-Marie et M. Jean-Marie Perron ont fondé la Maison des Insectes (MDI). Le concept était innovateur car la MDI fut la première organisation québécoise à se vouer à la diffusion de connaissances en entomologie auprès des écoles et du grand public. Raymond-Marie en fut un ardent défenseur et y demeure encore impliqué aujourd’hui.

Alors chercheur dans la culture de la pomme de terre, il a aussi fait preuve d’innovation pour le financement de ses projets de recherche. Raymond-Marie avait déjà compris l’importance d’un maillage serré de la recherche et du secteur privé. Bien avant que le partenariat ne devienne institutionnalisé, ses études se déroulèrent avec plusieurs partenaires de l’entreprise privée. Ceci a permis de donner une première expérience de travail en recherche à de nombreux étudiants (es) et finissants (es) en biologie ou agronomie.

Pour ficeler le financement de ses projets, un vaste réseau de contacts était bien sûr nécessaire, mais par dessus tout, une bonne capacité de persuasion. Et cela, Raymond-Marie en déborde. D’ailleurs, il a su mettre à profit ses talents de persuasion pour la commandite de plusieurs congrès de la SEQ. 

En résumé, innovation, détermination et engagement sont les mots qui me viennent à l’esprit pour caractériser l’implication de Raymond-Marie tant dans son travail qu’au sein de la SEQ. Chapeau mon cher!

Mario Fréchette,
technicien à la Collection des Insectes du Québec.

 

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Dernière mise à jour: 01 mars 2003